Les villages
Il est des villages en Lorraine, où les vieilles coutumes et les traditions ancestrales ne sont pas encore perdus dans les mémoires, c’est le cas du village de FAILLY. Situé non loin de METZ, bâti au bas d’un versant de l’un des vallons qui entame la surface du plateau lorrain à l’est de la Moselle, FAILLY fait partie de ce territoire du Pays messin au nord du Saulnois appelé le Haut-Chemin au Moyen-Age. Ce village d’aspect modeste et paisible avait autrefois un rôle important. Pour y arriver de tout côté il faut descendre. C’est le village des Queulots
Le nom Queulot est le sobriquet collectif donné aux habitants de cette localité, des villages et des annexes voisines qui anciennement dépendaient de l’église-mère de Failly : Vrémy, Poixe, Servigny les Sainte Barbe, Vany, Villers l’Orme, Augny-sous-Grimont.
Ce sont les Romains qui, en construisant à l’emplacement de Failly une ferme appelée Villa Fadilica donnèrent naissance à ce qui plus tard deviendra un village.
Au moyen-âge
Il y eut à Failly une commanderie de l’ordre de Malte et un château qui lui appartenait, aujourd’hui, on ne retrouve plus qu’une vieille tour à l’emplacement de ce château, cette commanderie occupait toute la partie du village que les habitants appelaient en Cheu, en Chambre et qui représentait la partie basse de la commune, cette dénomination existe toujours. Failly entre ensuite en possession du chapitre de la cathédrale de Metz, à la disparition des templiers.
En 1293 la famille Bataille devient propriétaire d’une partie de Failly, l’autre fut donnée par l’évêché en tant que fief à la famille Epinal. Failly conserva la seigneurie jusqu’au XVIe siècle, époque où elle fut acquise par la famille protestante des Grassets qui ajoutaient à leur nom « de Failly » une autre partie fut acquise par les Bénédictins.
La guerre de trente ans
Après ces périodes fertiles en constructions, la Guerre de Trente Ans s’abat sur la région. La forme des crânes et les renseignements de l’histoire donnent à penser que dans le charnier découvert à Failly se trouveraient quelques milliers de ces Suédois qui ont déferlé en Lorraine à cette époque. Le prochain fait historique que nous avons relevé est le cahier de doléances que Failly a écrit à l’époque de la Révolution :
– ne plus être obligés de donner les mares de raisins au seigneur.
– ne plus être obligés de tolérer le passage des chevaux et troupes du seigneur dans les champs ensemencés
– la réduction des jours de corvée dus au seigneur
-que les pigeons du seigneur ne causent plus de dommages aux récoltes.
Cependant, de mémoire d’homme, Failly n’a connu qu’une seule grande bataille et ce fut durant le siège de Metz au début de la guerre de 1870. Failly alors investi par les Allemands fut attaqué à 3 reprises par la division française de Tixier, sans résultat.
L’architecture
Quelques maisons de Failly remontent au XVI e siècle. Les murs ont 2m de haut et 50 cm d’épaisseur et sont fait de rocaille et de terre glaise. On y a retrouvé au-dessous de ces bases, des plaquettes de bois brulé, ce qui laisserait supposer que le village a été partiellement ou totalement détruit vers 1635. Il y a un peu plus de 150 ans, les maisons n’avaient en guise d’ouverture qu’une petite porte très étroite et une fenêtre de 12 pieds de large sur 18 pouces de haut avec un barreau de fer en double croix. Ce genre de constructions se retrouvait dans la plupart des villages du département, les maisons étaient serrées les unes contre les autres le long d’une seule rue, cela était exigé pour la défense commune en cas d’invasion de quelque compagnie franche.
Voici comment on peut décrire une maison : Le grand toit soulevé, les murs éventrés, les planchers percés, la maison lorraine nous livre ses secrets. Elle est très profonde. Un long corridor dallé qui s’ouvre sur la rue et le jardin la partage en deux parties, l’une pour les gens, l’autre pour les bêtes. Le logis se compose de 3 pièces en enfilade : sur la rue la « belle chambre » ou « poêle » sur le jardin, « la chambre de derrière » ou « la chambre à four », Entre les deux, la cuisine, pièce borgne prenant un jour parcimonieux sur les deux pièces contiguës par les portes vitrées, les petits carreaux d’un vitrage et par le grand trou de la cheminée, La plaque de fonte de cette cheminée ou « taque » chauffe la « belle chambre ». La partie réservée au bétail se divise elle aussi en trois parties : la grange avec sa grande porte à deux battants l’écurie et l’étable : toutes trois communiquant entre elles. Deux portes prenant sur le corridor permettent d’aller, de l’intérieur, voir vaches et chevaux. Une petite bâtisse s’ouvrant sur la cour est réservée aux porcs, Les poules rentrent chez elles par une petite échelle rustique et les chats se faufilent par la « chatière » dont le trou écorne un angle de la porte d’entrée, Logement des hommes et logement des bêtes sont recouverts par un immense grenier où sont entassés le foin, le blé, l’avoine et la paille qui constituent une chaude couverture qui protège les habitants de la maison contre le rude hiver. À Failly les caves voûtées sont souvent extérieures à la maison.
Les usoirs
L’usoir a une surface importante : 6, 8 voire 10 mètres de largeur, de la façade de la maison à la rue. Il descend en pente douce vers la rue avec, en bas, un caniveau pour l’écoulement des eaux de ruissellement. Les villageois l’utilisaient pour, stocker la provision de bois de chauffage pour l’hiver, ranger le petit matériel agricole servant à travailler la terre : brouette, charrue, entasser le fumier, plus ou moins volumineux en fonction de l’importance du cheptel. Curieusement, l’usoir était un signe ostentatoire de richesse.
L’église
De nos jours, l’église occupe avec le presbytère le point le plus élevé du village, Le mur actuel de cimetière, crénelé jadis, servait d’enceinte à cette forteresse religieuse. Dans le chœur de style ogival du XVe siècle, la fenêtre centrale possède un tableau de couleur où l’on voit la présentation de St Trudon par son père à Cléodulphe, évêque de Metz qui le soumet à de rudes épreuves. St Trudon est le patron de la paroisse. Au XVIIIe siècle, le nombre de fidèles était devenu considérable, on avait donc construit une tribune à l’église qui est devenue plus tard un sujet de scandale. M. Auburtin, homme de mérite, nommé curé de Failly ne fut pas peu surpris de voir les jeunes gens pendant les offices, assis à la tribune comme sur les bancs d’un cabaret, jouer aux cartes, boire, lancer des noyaux de fruits et même des billets doux aux filles du village. Il fit venir en secret trois charpentiers qui démolirent cette tribune, mais le fracas épouvantable qu’elle fit en tombant alerta l’opinion. Le curé fut assiégé dans son église, un véritable blocus s’organisa et ce ne fut que grâce à l’intervention du curé archiprêtre d’Argancy que les esprits se calmèrent.
Monuments
Au XVe siècle ont été érigées par Messire Nicolas Louve, 5 croix aux limites du Ban de la Cité de Metz. Celle des « Trois Jambes », ou « croix de Louve » bien connue par ici, se trouvait à Villers l’Orme (paroisse de Failly), érigée en 1445 et est classée monument historique depuis 1896. Elle servait jadis de station pour les personnes qui entreprenaient le pèlerinage autrefois célèbre de Ste Barbe. Les jeunes filles nubiles et les femmes stériles y venaient consulter l’oracle en jetant des galets plats sur le toit du monument jusqu’à ce qu’une pierre y soit posée. Le nombre de galets utilisés à cette fin indique le nombre d’années qui s’écouleront Jusqu’au mariage ou bien jusqu’à la maternité espérée. Cette coutume s’est encore pratiquée à l’occasion des pèlerinages à la chapelle de Notre Dame de la Salette à Villers l’Orme. On dit que le voyageur nocturne entendait parfois près des Trois Jambes le murmure des prières ou le chant infiniment doux des âmes errantes. Ceci n’est sans doute pas étranger au fait qu’on y pendait les gens (il y avait d’ailleurs un crochet à cet effet fixé à l’intérieur). La croix étant placée au bord de la route de Bouzonville : le Haut Chemin, était l’endroit idéal. On pense que c’était le lieu de « justice » du château de Grimont. C’est aussi aux pieds de ce monument que la légende fait s’arrêter un temps le juif errant avant de continuer sa marche sempiternelle. La croix à trois jambes a depuis été remontée au carrefour de la Salette.
Les calvaires
Ils sont au nombre de 8. 3 le long de la route de Bouzonville 2 dans le village de Failly 2 dans celui de Vrémy et 1 le plus récent sur le chemin derrière l’ancienne voie ferrée côté Charly Oradour.
Cimetière militaire Franco-Prussien 1870-1871
Où reposent 65 soldats et deux officiers Français .
A proximité de l’église Saint-Trudon Le monument au carré Français est une stèle en pierre de Jaumont en forme d’obélisque orné d’une couronne de feuilles en bas-relief. La tombe est de pierre de Jaumont surmonté d’une croix latine.
De 1870 à 1914 les années d’annexion et l’arrivée du chemin de fer.
Il faut attendre 1898 pour que différents tracés concernant la ligne Metz-Vigy-Anzeling soient enfin étudiés. C’est en 1902 que le réseau Elsass-Lothringen (E.L) prend position sur le tracé définitif, mettant ainsi en place une nouvelle relation directe avec l’Allemagne.
Les installations de gares sont prévues pour le mouvement de troupes (quais militaires hauts et vastes), l’alimentation en eau des machines est prévue pour assurer la circulation de 30 trains militaires par jour et par sens
De 1908 à 1944, le village de Failly était traversé par l’un des plus grands virages ferroviaires de France. Ce pont courbé mesurait 574 mètres et sa structure métallique de 6500 tonnes traversait la vallée à plus de 34 mètres de hauteur.
Il était, à l’époque de sa construction, l’un des viaducs les plus importants du réseau allemand. On peut encore voire aujourd’hui les restes des piliers des deux côtés à l’entrée de Failly.
Au sud, ce viaduc aboutissait à un tunnel qui existe encore et passe sous la Route de Bouzonville.
Creusé dans du calcaire du bas jurassien, il mesure 770 mètres avec une hauteur maximale sous voûte de 25 mètres.
Ce tunnel fut souvent utilisé pour abriter les convois des hauts dignitaires allemands en visite dans la région. Hitler y a passé au moins une nuit.
Le 25 mars 1908, jour de l’inauguration, le train partie de Metz à 9 h. s’était arrêté dans chaque gare où les populations lui avaient offert un accueil chaleureux. La gare de Failly, a été l’un de ces lieux où se sont déroulées des cérémonies inaugurales.
Discoure de M. Harter, le maire de Failly : souhaite, en ces termes la bienvenue à M. le comte de Zeppelin.
(Monsieur le Président,
C’est avec une joie et une satisfaction toutes particulières que j’ai l’honneur de saluer en vous le représentant du gouvernement impérial de la Lorraine.
En ce jour de l’inauguration de la nouvelle ligne Metz-Vigy-Anzeling, je tiens à vous exprimer hautement les remerciements de toute la population de la commune pour le bienfait d’une ligne de chemin de fer et la construction d’une halte pour la commune de Failly.
Dans le courant de l’année 1907, nous avons demandé une voie de garage.
Si cette chose ne nous est pas accordée maintenant, nous espérons qu’elle nous sera accordée plus tard, quand le chemin d’accès à la gare sera construit et que le besoin s’en fera sentir davantage.
Pour le moment, nous remercions de tout notre cœur le gouvernement impérial de tout ce qui a été fait pour notre bien à tous. Messieurs, veuillez, vous associer à ma reconnaissance en poussant avec moi un triple vivat en l’honneur de M. le Président de la Lorraine.)
Cette ligne a surtout été réalisée pour constituer, la liaison la plus courte possible entre la Prusse et Metz, bouclier du Reich. Elle avait en fait trois objectifs : resserrer les liens entre les régions annexées et Berlin, augmenter les relations avec la ville de Metz et transporter le minerai lorrain vers les forges sarroises.
Outre Metz et Failly, la voie ferrée desservait les communes d’Anzeling, Piblange, Saint-Hubert, Bettelainville, Vigy, Sanry-lès-Vigy, Nouilly et Vantoux.
(Article du journal le LORRAIN Vendredi 27 mars 1908)
Par la suite.
Le viaduc de Failly a été entièrement détruit lors de la retraite allemande, le 17 novembre 1944 à 13 h 30. Dès l’approche des troupes américaines, les autorités militaires allemandes ont donné l’ordre de détruire l’ouvrage.
Les canons
A Failly, de chaque côté du monument aux morts dominé par la statue de Jeanne D’Arc, trône deux canons de campagne allemand model7,7 cm FK 16. Récupérés après la grande guerre sur le parc d’artillerie de Metz sur l’îles du Saulcy, par le Maire de l’époque le 26 février 1921. Ils ont échappé de justesse à une destruction certaine voire au mieux à une transformation en machine agricole ou autres, comme c’était souvent le cas en ces temps où la matière première se faisait rare.
L’autoroute
C’est en 1976 que les travaux de l’autoroute A 4 Paris Strasbourg ont commencé à Failly, des travaux conséquents ont transformés définitivement notre vallée, avec un remblai de 30 m qui la coupe dans un axe nord sud et qui accentue considérablement le confinement du village dans une cuvette. L’impact visuel est perceptible jusqu’à Vrémy et n’est pas sans rappeler l’ancienne ligne de chemin de fer et son viaduc sensiblement au même endroit. Initialement conçu en 2 fois 2 voies elle est passée à 2 fois 3 voies depuis le 31 aout 2023. C’est à ce moment qu’elle a été surmontée d’un aménagement acoustique qui a fait l’objet d’âpres discutions en son temps.
L’arrivée de l’autoroute a été très impactante pour notre commune, outre le fait qu’elle occupe 22 hectares de notre ban, la route du village côté Vany a été déplacé dans le versant sud pour accéder à un pont qui a une largeur standard entre déblai et remblai, rongeant ainsi encore un espace foncier important des deux côtés.