Traditions

Le vignoble

 En 1884, il y avait au village 43 ha de vignes. En 1908 le phylloxera les détruits, mais elles sont replantées dans les mêmes proportions. A cette époque Metz était la ville de garnison la plus importante d’Europe, 10 000 hommes de troupe qui consommaient du vin.  Puis la vigne enregistre un déclin dû peut-être au manque de bras et à la concurrence. Aujourd’hui, seul deux vignes restent sur la commune, terrain de jeu de deux passionnés soucieux de la sauvegarde de notre patrimoine et du savoir-faire de nos anciens. 

Dans les années 70 la moitié des habitants vivait encore de la culture et de l’élevage. L’autre moitié était composée d’ouvriers ou cadres d’usines travaillant dans les centres sidérurgiques du bassin minier lorrain et de personnes employées dans diverses administrations ou maisons privées de l’agglomération messine. Un café tabac épicerie et deux artisans subsistaient encore à Failly, un garagiste, mécanicien maréchal-ferrant et un menuisier-ébéniste. 

Les Trimazos

Même si l’histoire contemporaine a pu bouleverser quelque peu les habitudes, il semble néanmoins que les habitants de Failly ont, de par la tradition, été de tous temps besogneux de leurs plaisirs. Les usages de Failly remontent tous à la plus haute antiquité mais il n’en est peut- être pas de plus anciens que ceux des trimazos qu’on croit d’époque romaine et qui peuvent bien dater d’une époque antérieure. En Lorraine, le 30 avril, les amants attachent à la porte et aux fenêtres de leurs belles, de grands rameaux de hêtre couverts de fleurs trophées d’amour, appelés Mayen, mois de mai, moi consacré au beau sexe ainsi qu’à l’amour. 

Le lendemain presque toutes les jeunes filles des communes attroupées et vêtues de blanc avec des fleurs dans les cheveux, des rubans croisés sur le corsage de leur robe font une danse et quittent le village pour parcourir la campagne. Elles chantent des trimazos devant les portes des personnes distinguées. A Failly, les jeunes filles donnaient un repas aux garçons lequel se terminait par des trimazos. 

Le Queulot

La légende dit, qu’avant la date mémorable de 1444, les habitants de Failly filaient, en hiver, la récolte de lin de la saison passée pour en faire des draps ou des chemises. Avant de le mettre en écheveaux, elles lavaient ce lin dans les mares qui existaient autour du village. 

A proximité du château de Failly où résidait le seigneur du village, il y avait trois mares infestées de grenouilles et de crapauds qui, lorsqu’ils coassaient, gênaient celui-ci dans son sommeil. Un jour, apercevant depuis ses fenêtres les paysans tremper leurs draps dans les petites étendues d’eau dormante, le seigneur eut une idée. « Pourquoi les braves personnes qui viennent laver leur lin dans mes mares, ne viendraient-elles pas aussi la nuit pour faire taire ces batraciens agaçants ? » 

Il lui fallut désigner quelques-uns de ses sujets pour accomplir cette besogne. Il convoqua sur le champ tous les jeunes hommes mariés dans l’année. Il les fit munir d’un bâton à l’extrémité duquel était fixée une touffe de lin, et leur assigna la tâche de faire garder le silence à ces bestioles insociables. Ainsi toutes les nuits les hommes de corvée battaient l’eau jusqu’au matin afin de favoriser le repos du châtelain. 

Mais un jour de l’an de grâce 1444, ce dernier vint à mourir. Pour fêter la délivrance d’un tel tyran, les jeunes mariés firent un banquet. On dut nommer deux organisateurs. Ceux-ci auraient la charge de préparer les festivités. Ce festin se passerait tous les ans à la même époque et les préparateurs changeraient d’année en année, les anciens nommeraient les nouveaux. Plus tard on leur donna un nom : L’un s’appellerait « queulot », l’autre « mare de Châty ». 

Ceci est une version de l’origine de la coutume du « queulot ». Le déroulement tel que nous allons le présenter, est en partie inspiré par le docteur de Westphalen

Le queulot est choisi parmi les jeunes mariés de la paroisse. Son élection a lieu chaque année. Jamais un queulot n’est décédé pendant le temps que dure son administration, et, s’il venait à mourir, la coutume disparaîtrait avec le défunt. En 1836, un jeune homme succombant à une tuberculose pulmonaire reprocha à sa femme de l’avoir empêché d’être queulot et d’avoir ainsi avancé d’une année au moins le jour de sa mort. Le même cas s’est présenté en 1867. Le queulot est toujours en compagnie d’un autre personnage, le Mare de Châty (sans doute anciennement le maire, maître ou roi des chétifs, de la châtiveté). Ce mare de châty est pour ainsi dire le chef de la confrérie des Queulots, le maître des réjouissances, et c’est à lui qu’incombe le soir d’imposer le respect dû à la coutume. Il est lui aussi choisi parmi les jeunes mariés de la paroisse. 

Le costume du queulot se compose d’un habit à longs pans garnis de gros boutons, d’un gilet à l’ancienne mode à deux rangées de boutons de fantaisie, d’une culotte, de bas blancs ou de couleur, de souliers à boucle ou parés de flochets, un foulard enroule le haut-col et forme sur le devant un grand flot. Le long chapeau pointu est orné à son sommet d’un bouquet de laurier-sauce que retiennent d’énormes rubans de couleur qui donnent l’aspect d’une crinière, trois ou quatre couronnes de rubans sont étagées le long du cône de paille, et presque toujours plusieurs « choux » ou « roses » plaqués sur la face antérieure du chapeau achèvent l’ornement. Un solide cordon attaché de chaque côté de cette coiffe sert à l’assujettir et se noue sous le menton. Cette mentonnière est masquée par une autre à larges rubans, laquelle se termine par un beau nœud large. Autrefois le costume était mi-parti vert et rouge ou jaune. 

Celui du Mare de Châty, plus sobre, se compose d’une blouse trois quart bleue, d’un pantalon, les chaussures et le chapeau sont identiques à ceux du queulot. En outre le mare de châty est ceint d’une écharpe. Le jour du mardi-gras, le Queulot porte parfois lui aussi une écharpe. 

Le queulot est muni d’un long bâton au bout duquel flotte un torchon ou une touffe de chanvre, le mare de châty lui, tient la palate, sorte d’Hallebarde. Le bas du fer se termine par un quillon recourbé en crochet de chaque côté. Ce quillon est d’origine moderne, on y lit les chiffres 14-44. Sur la lance, on trouve quelques traces de chiffres. D’après la revue messine d’Austrasie, on lisait 1544 

La veille du dimanche gras, après le souper, les filles de Failly se rassemblent chez le Queulot « po fare la chèpè don Queulot » (pour faire le chapeau du Queulot). Ce travail achevé, les garçons du village viennent se joindre aux filles et on « arrose » le chapeau en se divertissant et en buvant maintes rasades de bon vin. 

Le dimanche gras, après les vêpres, les paroissiens et étrangers venus des villages voisins et de la ville attendent le queulot sur la place de l’église. Soudain il sort d’une habitation accompagné du mare de châty et tout le monde de s’écrier : Queulot ! Queulot ! A cet appel le Queulot accourt, trempe sa queule dans la boue ou le purin, l’agite et s’élance à la poursuite des spectateurs qui prennent plaisir à fuir son approche. Chaque personne que le Queulot rejoint est maculée au bas de la robe ou du pantalon. Ce rite dit-on porte bonheur. Aussi, cette souillure est généralement acceptée de bonne grâce, et les villageois ont soin de revêtir pour la circonstance des vêtements usagés, d’autant plus qu’il arrive que le Queulot ne ménage pas ses coups de queule, surtout aux personnes récalcitrantes. Le Queulot pénètre aussi dans les habitations et cherche à y découvrir les personnes cachées dans quelque coin obscur. Sur la place du village il y a bal, et bien souvent les joyeux couples de danseurs ont droit à un petit coup de queule. 

Le « queulot » terminé, le queulot peut prendre du repos. Il s’empresse d’aller vider en compagnie du mare de châty et de ses amis quelques (« creuquats » (cruchon) de vin et de nombreuses bouteilles de clairet. On se raconte les petits incidents vécus pendant le « Queulot » et on vient à parler des jeunes mariés qui ont le droit de remplir les fonctions de prochain mare de châty. Ces conciliabules reprennent le lendemain et le jour suivant. 

Le Mardi Gras on décide d’aller à la recherche des candidats choisis qui ont déjà quitté Failly avant le point du jour, afin d’échapper aux recherches du mare de châty, du Queulot et de leurs aides, bénévoles, Mais la fuite des candidats n’est pas restée inaperçue. Il est très rare d’échapper à la surveillance des aides qui avertissent à temps le mare de châty et le queulot et les fugitifs sont ramenés à Failly de gré ou de force. 

Dans la soirée du mardi gras, vers 7-8 heures, des jeunes munis de torches de paille et de résine, forment une haie devant le chaucul. Tout le monde est rassemblé devant ce pressoir. Un petit van a été posé à l’entrée sur le sol. Le mare de châty saisit chaque candidat par le bras droit, les gardiens le maintiennent par le bras gauche et les pans de l’habit ou de la blouse, l’entraînent et l’obligent à courir dans la direction du van.

Arrivé à mi-chemin, il jette 5 pièces dans le van en criant : pile ! ou face ! Celui qui marque le plus de points est nommé nouveau mare de châty. Si plusieurs ont le même nombre de points, ils recommencent à jouer. Le gagnant est acclamé : « ç’at lu, ç’at lu ! (C’est lui). Chaque candidat perdant le jeu est abondamment queulé par le queulot. 

Dès que le nouveau mare de châty est élu, il est conduit chez lui avec le cérémonial d’usage : en tête tambours et musiciens, l’ancien mare de châty, son successeur est porté, assis sur la palate. Des porte-flambeaux masqués, rangés de chaque côté escortent les mares de châty. Le queulot suit en lui queulant le bas du dos. Entre temps, la femme du queulot et celle de l’ancien mare de châty se rendent au domicile du nouvel élu. Toutes deux et l’épouse de l’élu se placent sur le seuil et attendent l’arrivée du cortège. Elles ont enduit leurs mains de suie, souhaitant la bienvenue aux arrivants en leur noircissant le visage ou en leur prodiguant des caresses. Entrés dans la chambre de la maison, les hommes donnent encore parfois l’accolade aux trois femmes qui profitent de l’occasion pour les maculer. Ensuite les hommes vont s’essuyer la figure et les mains aux rideaux blancs de la fenêtre ou à la toile blanche des draps ou des rideaux du lit. Toute la troupe du cortège entre petit à petit dans le logis du nouveau mare de Châty afin d’aider à « éroser lè palate ». 

Lorsque la hallebarde a été arrosée, nombre d’amis vont chercher chez eux quelques bonnes bouteilles de vin, et l’on continue de boire en jouant aux cartes en attendant le souper que préparent les femmes. Entre temps, le nouveau mare de châty fait une tournée dans le village et va inviter chaque maître de maison à assister au souper. Rentré chez lui, le nouveau mare de châty se joint aux invités, puis on festoie et on s’amuse jusqu’au lendemain matin. 

L’élection du Queulot a lieu le premier dimanche de carême, vers 7 h du soir. En vérité le nouveau queulot est choisi par le nouveau mare de châty, d’accord avec l’ancien mare et l’ancien Queulot. 

Vient la cérémonie publique où les assistants sont appelés à approuver le choix du nouveau queulot, les deux mares et les deux Queulots doivent avoir appris par cœur un item composé pour la circonstance. Le roulement du tambour invite la population à assister aux cérémonies qui vont se dérouler sur la place publique. A l’extrémité du village, près de la route de Villers-l ‘Orme, un énorme bûcher a été érigé avec les fagots de sarments que les enfants sont allés ramasser dans les vignes du ban. Pendant que la bûle flambe, le queulot, l’ancien et le nouveau mare de châty et le nouveau queulot se sont réunis, entourés des villageois et des villageoises. Voici l’heure des items. 

Chaque fois que l’un des trois orateurs termine le récit savoureux d’une anecdote, il s’écrie en montrant le candidat : « At ce qu’i ne mérite meu d’ête queulot ? » et l’assistance répond : « Si at ! si at (si est) Queulot ! Queulot ! » Comme premier orateur figure l’ancien mare de châty. Le nouveau mare lui succède, puis c’est à l’ancien Queulot de conter les folies et les bêtises commises par le candidat. Enfin le queulot nouvellement élu répond à ses interlocuteurs. Le débit des items est suivi de la proclamation des vausenates.

Devant la bûle, à tour de rôle, l’ancien mare de châty, le nouveau, l’ancien et le nouveau queulot criaient, suivant la formule traditionnelle les valentins et les valentines du village : 

– Ji donne, ji donne (Je donne)

Eh qui ? eh qui ?   (à qui ? à qui ?)

Eh M………, lem’selle……… je set royale vausenate.  (Telle fille à tel jeune homme)

ch raicheté en mi-couronne  ( il lui achètera une couronne )

etat une tonne de hérangs  ( puis une tonne de hareng)

ot i pain blanc    (et un pain blanc)

aust large qu’in vent (van)  ( aussi un large van)

Tous ensemble : « Hérang! hérang ! hérang ! »  (Hareng !  Hareng ! Hareng !)

Aux garçons, jeunes ou vieux, et aux veufs sont donnés de futures épouses et, parfois, on profite de cette proclamation des couples pour assortir malicieusement certaines personnes que l’on veut ridiculiser. 

Après les veusanates, les spectateurs rentrent chez eux en commentant les amusements de la soirée. Les jeunes gens se rassemblent à l’auberge et jouent aux cartes aux frais du nouveau queulot. Puis ils reconduisent chez lui le nouvel élu qui leur paie à boire. 

La coutume du Queulot telle que nous venons de vous la présenter se déroulait encore ainsi dans les années 30. C’est en 1939 qu’elle prit fin lorsque les Allemands envahirent la France et que les habitants furent expulsés vers la France libre. A leur retour en 1941, la coutume ne fut plus reprise en raison qu’on ne trouvait plus de ravitaillement et que la vie à cette époque était très chère. Mais surtout une partie des habitant de Failly n’avaient pas été expulsés vers la France libre et avait passé les années de guerre au côté d’une dizaine de familles d’agriculteurs Allemands eux aussi déplacé de la Rhénanieet du Palatinat, ils exploitèrent les fermes et les vignes abandonnées de force avec le bétail. On peut comprendre qu’à leurs retours des soupçons planaient sur le village, de toute évidence quelque chose s’était cassé. Le dernier Queulot a prétendu avoir jeté la hallebarde au fond de son puits pour qu’on ne fasse plus la fête, vraie ou pas ? Personne ne l’a jamais retrouvée.